Le mouvement censuré de Gaël Chevalley

Gaël Chevalley

Pour Maurice Béjart « la danse est l'une des rares activités humaines dans lesquelles l'homme utilise complètement le corps, le cœur et l'esprit ».

La danse est l'art le plus ancien. Ce langage corporel a une charge artistique inattendue. Il est un cri pour la liberté. La danse est l'art où le corps devient symbole et la photographie est l'instrument qui permet de déchiffrer ce symbole.

Le jeune photographe suisse Gaël Chevalley fait exister deux dimensions du corps extrêmement imbriquées: la dimension du corps-objet et la dimension du corps-sujet. Il capture, dans une série de 12 photos, des positions élégantes mais réprimandées pour leur liberté offerte par la danse. Danser, c’est faire du corps un média de communication, c’est le choisir comme matière humaine et vivante, un corps à la fois psychique et organique. Chaque mouvement joue leur rôle de lieux de vie et de pulsion où circulent les tensions et ses nuances faisant du corps un véritable chant mélodique. Le corps constitue une force symbolique qui fait témoignage. Il devient un «corps politique ». Dans cette série, le corps féminin est en majeur partie représenté, important dans les relations de pouvoir. Il est lié à l'idée que les femmes, conscientes de l'importance de leurs corps, réalisent un exercice qui inexorablement transgresse.

Le corps constitue une force symbolique qui fait témoignage.

Les photographies en blanc et noir et couleurs de Gaël Chevalley enseignent des danseurs classiques dans un environnement peu commun comme un studio ou une usine en ruine.Le corps attaché par des fils barbelés ou des chaînes crée une sensation d’emprisonnement. L’identité du danseur disparaît peu à peu et ne laisse qu’entrevoir la présence d’une emprise inconnue. Dans son travail, les images interpellent sur le caractère censuré et touche le public par la lutte morale et physique des danseurs. Gaël teste les lignes de défense de la société où le corps humain doit être caché.Chaque danseur mène un combat pour se dévoiler, une vision du corps humain comme métaphore du corps social au fil de l’histoire. En effet, bien que réalisé en Suisse, ce travail exposé au Guatemala fait écho à l’histoire de ce pays et à ses plus terribles moments pendant laquelle la censure a effectué une limitation arbitraire de la liberté d’expression. Cependant, à travers l’image se traduit et se perpétue le corps fort et rebelle comme le montre la photographie de cet homme suspendu en l'air de toutes les forces dans cet endroit abandonné et vide.Les corps, pris en otage, suspendent le temps par leur grâce et leur regard à la fois pudique et déterminé. Dans cette série, Gaël Chevalley y fusionne l’art et la vie.

Ce travail se poursuivra avec des danseurs guatémaltèques pour les exposer en Suisse. Un aller-retour culturel sur la question de la représentation du corps vulnérable dans la photographie qui va au-delà de toute frontière.

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