Fluxus, l’indescriptible école des arts contemporains

Fluxus

Traversant les arts et les époques, le mouvement Fluxus questionne le statut de l’artiste, de l’œuvre, de la place de l’art dans la société. Depuis la fondation de cette école de pensée par George Maciunas, au cours des années 1960, de plus en plus d’artistes adhèrent à sa philosophie.

Entre 1958 et 1961, John Cage, célèbre musicien contemporain, enseigne à la New School for Social Research, un cours qui attire autant les plasticiens, que les musiciens ou les écrivains. À ses élèves, dont George Brecht (artiste pluridisciplinaire) et Dick Higgins (écrivain), Cage propose une idée fondatrice de sa propre vision de l’art : l’abolition des frontières entre l’art et la vie. Armés de ce concept et du rejet des institutions que leur a enseigné le dadaïsme, les fondateurs de Fluxus développent des happenings, des événements spontanés où l’art prend place dans un lieu et un moment normalement jugés peu prompt à sa présence.

George Maciunas, s’inspirant de ces précurseurs, ainsi que de Yoko Ono, fonde donc l’école Fluxus — le terme est utilisé pour la première fois en 1961. Dans sa galerie AG, il organise plusieurs événements-performances, et il assure, grâce à sa formation en graphisme, la propagation du mouvement. Cependant, malgré son manifeste, George Maciunas ne parvient pas à saisir l’ensemble des concepts fondateurs de Fluxus ; comme l’explique Brecht, c’est probablement parce qu’il n’y a pas de ligne directrice qui unit les artistes de ce mouvement, ni de réelle définition que l’on peut lui accorder. Ce qui est certain, c’est qu’avec Fluxus est né le désir de réunir l’art et le public, d’abandonner la notion sacrée d’œuvre d’art pour inclure l’art, une fois pour toute, dans la vie de tous les jours.

En 1962, Maciunas organise le premier des concerts Fluxus, qui deviendront par la suite très populaires. Ils sont composés de courtes pièces, entrecoupées de petites performances. La musique est souvent composée de sons usuels et les performances représentent des scènes mondaines des plus banales. Tout comme la musique concrète, également en vogue à cette époque en Europe, les participants de Fluxus montrent que tout son est musique — l’exemple du 4’33’’ de John Cage, où le pianiste ne joue pas pour laisser place à la réelle mélodie, celle du silence, est très évocateur. D’ailleurs, tout comme la musique concrète, Fluxus est un précurseur de la musique électronique.

Ce qui est certain, c’est qu’avec Fluxus est né le désir de réunir l’art et le public, d’abandonner la notion sacrée d’œuvre d’art pour inclure l’art, une fois pour toute, dans la vie de tous les jours.

Après la mort de Maciunas, en 1978, Fluxus fait l’objet de critiques partagées : alors que certains clâment que le mouvement se porte toujours bien, d’autres jurent qu’il est mort en même temps que son fondateur. Pourtant, la vision anti-artistique de l’art, la fusion entre art et public, l’esthétique do-it-yourself et l’art de performance font encore bien partie de la philosophie de l’art de nos jours. Plusieurs historiens de l’art disent que c’est dans l’art intermédiatique (mélangeant plusieurs média) que se trouvent les descendants directs de Fluxus.

Il ne faut pas oublier que bien que l’on associe à George Maciunas la naissance du mouvement, il n’est définitivement pas le seul à l’avoir fondé : Dick Higgins, également, a fondé Flux avec Maciunas et a continué de participer au mouvement après la mort de son ami. C’est d’ailleurs de lui que provient toute la dimension intermédiatique du mouvement : dans sa carrière d’écrivain, avant l’avènement d’Internet, il a été l’un des premiers à se servir abondamment d’un ordinateur, notamment pour générer des textes automatiquement, textes dont on retrouve des exemples dans son recueil A Book About Love & War & Death. Sa fille, Hannah Higgins, pense que c’est dans l’art lié à Internet et à l’ordinateur en général, que l’esprit de Fluxus se retrouve le mieux.

Photo : Exposition en 1999 de l'artiste Jean Dupuy à la galerie Philippe Pannetier.

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