Alix Ghanadpour, peintre contemporain

Alix Ghanadpour

Interview avec l'artiste Alix Ghanadpour (Glaparse), un peintre contemporain figuratif de nationalité française et d'origine iranienne.

Brève introduction de qui vous êtes et de ce que vous faites.

Je me nomme Alix Ghanadpour (connu aussi sous le pseudonyme Glaparse), suis peintre, de nationalité française et d'origine iranienne. Je vis et travaille à Paris.

Pourquoi faites-vous ce que vous faites ?

Depuis que j'ai décidé de consacrer ma vie à l'art, s'est forgé en moi le besoin de produire un travail qui soit le reflet de ma pensée, de ma vie, de mes interrogations ou de mes désirs. J'ai pratiqué la peinture sous tous ses aspects, techniquement parlant. Mais c'est dans la figuration que j'ai trouvé plus de potentiels et de substances à pouvoir exploiter, et pour cela, j'ai consacré prioritairement plus de temps à développer ma technique, à étudier l'histoire de l'art, plus tôt que de chercher à exposer à tout prix.

Je n'ai pas de plaisir particulier à peindre, ce n'est ni une distraction, ni une thérapie, ni un acte poétique. Peindre est comme un combat, comme une nécessité. La peinture a pris une place importante dans ma vie, car j'ai sacrifié beaucoup de choses afin qu'elle me soit plus accessible.

Comment travaillez-vous ?

C'est d'abord intérieurement que cela commence. J'observe tout autour de moi, je laisse certaines composantes de la vie et de la société s'installer dans ma mémoire. Je ne crois pas trop à l'inspiration, mais plus tôt à un état d'être permanent qui varie selon les changements d'affect.

Attentif aux mouvements du corps, aux changements d'expressions et aux attitudes spontanées des personnes que je croise, je prends des notes et dessine ces instants volés dans un petit carné. Je regroupe aussi dans un classeur, des articles et des photos de revues de presse. Ces éléments me servent de réservoir, dans lequel, mon subconscient puise sans cesse, et finit par projeter dans mon imagination, une mise en situation, une mise en scène que je vais revisiter plusieurs fois, jusqu'à l'aboutissement du projet final.

Vient ensuite le travail avec le modèle. Je lui explique la mise en situation, la pose, l'attitude, mais très souvent, je le laisse me surprendre par ses propres poses et ses changements d'expression. Je fixe ces poses par des dessins à main levée ou plus souvent, à l'aide de mon appareil photo reflex. La photo me donne plus de liberté et de détachement avec le sujet, car je ne peins pas un sujet, mais un état d'esprit, un sentiment.

À l'aide d'un fusain ou d'un crayon, je dessine sur la toile la composition, et très souvent, il m'arrive d'effacer puis recommencer le dessin afin d'obtenir une meilleure harmonie ou d'ajouter un élément nouveau. Ainsi, rien n'est vraiment définit, car à tout moment, un effet inattendu peut s'introduire dans le dessin.

Ensuite, je peins sur le dessin avec des couleurs à l'huile. Je procède selon la technique de base gras sur maigre, c'est-àdire par des couches successives et diluées plus ou moins avec l'essence de térébenthine. À la fin, j'accentue la lumière avec des glacis.

Quels sont les thèmes que vous poursuivez ?

Les thèmes que je poursuis sont souvent axés sur la condition humaine. Quelle est vraiment la place de l'homme dans le monde ? Comment donner forme à ce qui se cache derrière l'apparence ? Comment produire en image, l'humain, avec sa réalité intérieure et ses réactions pulsionnelles, dont les ondes produites par des phénomènes socio-culturels, impactent sans cesse son psychisme ? Quelles sont les causes, les origines de ces phénomènes... ? Ce sont des questions qui me hantent et que j'essaie de les rendre visibles.

Tout ce qui est produit de la nature est beau. Cette beauté peut être visible ou invisible. Elle se trouve dans la cause de la nature, dans sa destinée. C'est là, dans cette causalité que se trouve l'âme.

L'âme d'un ouvrier en bâtiment, ne se trouve pas seulement dans son savoir-faire, dans ses gestes ou dans sa rapidité d'exécution, son âme se palpe aussi dans sa cause paternelle, car il vit et respire pour ses enfants, il aime profondément son épouse. Il est destiné à l'amour et la cause de son être est son amour pour les siens, par conséquent, il est en concordance avec notre concept, sa nature est en concordance avec notre nature.

Mais quand ce même ouvrier s'apprête soudain à se suicider devant ses collègues du chantier, cette concordance se rompt soudainement. Quel est cet élément venu de l'extérieur et qui a éteint la flamme de sa causalité, le déviant ainsi de sa vraie destination ? Quelle était sa réalité intérieure à ce moment-là ?

Non, 2013, huile sur toile 190 x 180cm, A.Ghanadpour

Les proches de cet ouvrier, les passants ou les téléspectateurs qui entendent cette information au journal télévisé, sont heurtés, blessés, meurtris, car en se tuant, il a rompu avec sa cause et sa destination. Instinctivement, les gens chercheront vite à recouvrir ce mauvais souvenir, car l'événement tragique est quelque chose qui rompt avec la normalité, ça contredit « la fonction, la cause et la destiné ». Pourtant, au fond de la mémoire de chacun, elle restera toujours comme une question sans réponse.

Quand j'ai peint « Non », mon but n'était pas de trouver des réponses à ces questions, mais de donner un contour mieux adapté, afin de les rendre plus accessibles à la méditation.

Lorsque Géricault a peint « Le radeau de la méduse », il a manifesté avec l'élégance et la nécessité son intérêt pour la recherche de la vérité dans la gravité d'une situation, dans la tragédie, et en faisant cela, il fait de nous les spectateurs, des complices dans sa quête pour la vérité.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je travaille actuellement sur une peinture avec figure et objet. La pose du modèle est étrange, est subjective. Il n'y a pas de thème, car je voulais que le sens à donner à cette figure, soit à la liberté de chacun. Le modèle demande quelque chose, quelque chose qui lui sera, en évidence, inaccessible.

La vie artistique solitaire, que faites-vous pour la contrecarrer ?

Je ne cherche pas à contrecarrer la solitude, bien au contraire, car la peinture est une pratique qui se fait dans la solitude et cela me correspond tout à fait. La solitude me permet d'être libre. Il est difficile, voir impossible, à mon sens, d'être à la fois libre et heureux, car il faut forcément sacrifier l'un pour accéder à l'autre. J'ai toujours préféré être plus en quête de liberté, qu'en quête du bonheur.

Quelle est la dernière exposition qui vous a surpris ? Pourquoi ?

J'ai vu l'exposition Inside au palais de Tokyo, les travaux de Ryan Gander étaient captivants, en particulier, ses moulages en résine et marbre qui représentaient des cabanes que sa fille de 3 ans a réalisées à l'aide des tréteaux, des livres, des draps et des coussins. J'aime cet esprit créatif qui consiste à faire avec minimum de moyen et maximum d'efficacité.

Quel est votre endroit préféré pour voir de l'art ?

Tous les arts m'intéressent, la danse, la musique, le théâtre, le cinéma...etc, mais l'endroit que je fréquente le plus est le musée du Louvre.

L'intensité des bombardements au quotidien nous obligeait à rester de plus en plus cloîtrés dans la maison, et comme les écoles étaient fermées, je m'obstinais à dessiner. J'essayais de mettre sur papier, ces ressentis et ces images choquantes que la guerre imprimaient dans mon esprit d'enfant...

Quand avez-vous commencé à vous intéresser à l'art ?

Mon intérêt pour le dessin et la peinture s'est d'abord manifesté lors de mon enfance en Iran. Je vivais à cette époque à Ahwaz qui se situe dans la province de Khouzestan. En 1979, j'avais 10 ans et le nouveau régime révolutionnaire venait à peine de s'installer. Ma mère m'a inscrit dans un atelier de peinture sur le verre pour me changer les idées, car comme beaucoup de jeunes de mon âge, mon esprit était marqué par la violence des événements.

Dans cet atelier, j'ai appris d'abord à manipuler les couleurs et à connaître leurs possibilités, puis la pratique du dessin sur papier et sur verre. Je m' entraînais à copier des miniatures persanes, apprenais à mieux maîtriser les contours, les reliefs ou les angles. J'ai vraiment pris conscience à ce moment-là, de l'importance du savoir faire et du respect des étapes dans la pratique créative, mais surtout, pris conscience de la force de l'émotion dans la finalité du travail.

Quelques mois après, j'ai été obligé de mettre fin à mon apprentissage, car la guerre avec l'Irak a soudain débuté. Notre région qui était proche de la frontière fut la première à être attaquée.

L'intensité des bombardements au quotidien nous obligeait à rester de plus en plus cloîtrés dans la maison, et comme les écoles étaient fermées, je m'obstinais à dessiner. J'essayais de mettre sur papier, ces ressentis et ces images choquantes que la guerre imprimaient dans mon esprit d'enfant, je dessinais des morts, des blessés, des explosions, des catégories d'armes alignées, des roquettes, des éclats d'obus que je ramassais dans des cratères pour ensuite les collectionner...etc.

Ma famille a été contrainte à l'exode, nous sommes partis vivre à Téhéran.

En 1984, âgé de 14 ans, je suis venu seul en France. Plusieurs années se sont écoulées sans que je retouche à la peinture, car ma volonté principale était d'arriver à me diluer dans la communauté française. J'avais besoin me sentir accepté, et pour cela, j'étais décidé à tout. À 18 ans, je me suis engagé dans l'Armée française, la Légion étrangère plus exactement.

Durant ces années intenses, j'ai connu d'autres périples, d'autres terres en feu, mais ça sera une histoire trop longue à raconter.

En 2000, j'ai commencé à fréquenter les musées, en particulier le Louvre. J'ai renoué peu à peu avec le dessin, puis mon intérêt pour la peinture s'est accru.

Étant trop âgé pour m'inscrire à l’École des Beaux-Arts, j'ai entamé ma propre éducation artistique en m'instruisant sur l'histoire de l'art et en m’exerçant au dessin d'après l'antique, puis d'après le modèle vivant. Pour dessiner d'après le modèle vivant, j'allais souvent en atelier libre pour le croquis à l'Académie de la Grande Chaumière.

Mes premiers travaux n'étaient pas vraiment intéressants, ils résultaient plus de mes recherches techniques et des expérimentations pour mieux comprendre la direction que je voulais prendre.

L'Arménienne, 2014 huile sur toile 73 X 92cm A.Ghanadpour

Nommez trois artistes auxquels vous aimeriez être comparé.

Je ne pense pas vouloir être comparé à d'autres artistes.

Quels blogs préférez-vous lire ?

Je consulte souvent contemporain.com.

Pensez-vous vivre de votre art ?

Je ne pense pas vivre de mon art, mais vivre pour mon art. Vivre pour son art, pousse à s'impliquer peut-être d'avantage, car l'artiste doit toujours réunir des conditions adéquates pour continuer à le pratiquer avec sincérité.

Vivre pour mon art, c'est ma cause, c'est ma destinée !

Quelle est la dernière oeuvre d'art que vous avez achetée ?

J'ai acheté aux enchères des dessins non signés d'un peintre anonyme du 19e siècle. Des magnifiques études d'arbres, comme celles de l'école de Barbizon.

Avez-vous des conseils à donner à quelqu'un qui étudie l'art à l'école ?

Lire absolument le testament d'Auguste Rodin écrit en 1911.

Où pouvons-nous vous trouver ? (blog, site web, twitter, facebook, etc.)

Mon site est :http://www.alixghanadpour.com

Exposition du 21 mai au 18 juillet 2015

Galerie Elizabeth Couturier
25 rue Burdeau, 69001 Lyon

Les vengeresses, 2012, huile sur papier marouflé sur toile 195x180cm A.Ghanadpour
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