Choquer, perturber, désillusionner : l’art des chapman brothers

oeuvre des chapman brothers

Depuis le début des années 90, le duo britannique formé des deux frères plasticiens Jake et Dinos Chapman s’applique à créer la controverse par leurs œuvres empreintes d’humour noir, leur choix subversif de sujets et leur utilisation choquante de médiums traditionnels.

Formés par le Royal College of Art de Londres et par les photographes Gilbert & Georges, pour qui ils ont longtemps été assistants, le duo Chapman se démarque dès ses débuts, dans le monde de la sculpture et des arts visuels contemporains. Avec Disasters of War (1991), travail bipartite complété en 2003, ils revisitent de manière satyrique les dessins éponymes de Fransisco Goya en couvrant les visages de soldats par des masques de clown. Des œuvres comme celle-ci ou encore Fuck Face (1996), une série de sculptures en fibre de verres représentant des enfants dont le nez a été remplacé par un pénis, leurs permettent de s’établir très rapidement comme les enfants terribles de l’art contemporain britannique.

Dans une entrevue accordée au White Cube, Jake Chapman explique que l’œuvre, comme beaucoup de leurs réalisations, répond au besoin humain de valider les limites et comportements sociaux par l’art.

Comme Samuel Beckett, l’une de leurs influences avouées, les Chapman ne croient pas au progrès ou à l’humanisme. Cependant, contrairement à l’écrivain, ils ont décidé, plutôt que de vouer leur carrière au silence, d’en dire le plus possible, entre autres avec la réalisation d’œuvres d’envergure. La plus connue de ces œuvres est Hell (2000), première maquette d’une série de quatre, où plus de 30 000 figurines, soldats nazis en uniforme, sont montrés en train de commettre des actes de violence extrême. Cette ambitieuse sculpture a du être remplacée en 2008, suite à un incendie qui l’a complètement détruite. Fucking Hell, la nouvelle version, est plus grande et encore plus brutale. Dans une entrevue accordée au White Cube, Jake Chapman explique que l’œuvre, comme beaucoup de leurs réalisations, répond au besoin humain de valider les limites et comportements sociaux par l’art.

Leur sculpture Death, est nominée pour le prix Turner de 2003, accordé aux artistes britanniques émergents. Deux poupées, l’une femelle et l’autre mâle, sont placées l’une par-dessus l’autre dans une position intime. Alors que l’œuvre donne l’impression d’être faite de plastique gonflable, elle a été forgée dans le bronze avant d’être peinte. L’usage d’un matériau ancestral comme le bronze pour ce genre de sculpture fait référence au caractère noble de cette matière et questionne en même temps le rôle et la pertinence de la noblesse dans l’art contemporain.

En 2008, les Brothers Grimm, tels qu’ils sont surnommés, font à nouveau parler d’eux avec l’exposition If Hitler Had Been a Hippy How Happy Would We Be. Ils présentent une série de treize aquarelles peintes par Hitler lui-même où les arrière-plans, jugés « affreux » et « ennuyeux » par les frères, ont été remplacés par des motifs psychédéliques et des symboles rappelant l’ère hippie. Cette exposition audacieuse a permis aux artistes d’explorer une sphère qui les intéresse particulièrement : la présence de la psychologie d’un artiste dans son œuvre.

Come and See, leur exposition la plus récente, est présentement en cours à la Serpentine Gallery de Londres. Au programme : zombies, dinosaures, animaux empaillés et Ronald McDonald, crucifié, plusieurs fois. Aspirant à choquer, mais aussi à faire réfléchir sur les icônes et symboles établis de notre société, les frères Chapman, qui ont aujourd’hui la cinquantaine, poursuivent avec ferveur un travail déjà bien établi.

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