L’hyperréalisme de
Ron Mueck

Ron Mueck

Bébés géants, vieillards minuscules et autres figures aux proportions étonnantes mais anatomiquement impeccables, voilà ce qui attend le visiteur d’une exposition de Ron Mueck, sculpteur contemporain hyperréaliste et révolutionnaire.

Né en 1958 à Melbourne de parents allemands, Ron Mueck débute sa carrière en modélisant des marionnettes pour la télévision, puis en créant des mannequins pour des compagnies de publicité photo. C’est en 1996 qu’il se tourne vers l’art plastique, lorsque sa belle-mère, la plasticienne portugaise de renommée Paula Reggo, lui demande de créer de petits personnages pour l’une de ses toiles. Impressionnée par le travail de Mueck, elle le présente au collectionneur Charles Saatchi. La carrière de Ron Mueck est dès lors lancée.

En 1997, il présente Dead Dad, une sculpture détaillée jusque dans les infimes particularités, comme les cils et les ongles, représentant son père sur son lit de mort, faisant les deux tiers de la taille d’un homme réel. Il fascine à nouveau en 2001 à la Biennale de Venise avec la sculpture de cinq mètres de haut d’un enfant en caleçon, accroupi, nommée Boy. Il n’en faut pas plus pour que les jalons du message de Mueck soient posés : animé d’un désir de produire des sculptures à la morphologie parfaite de tous les angles, aux mesures énormes ou minuscules, le plasticien australien cherche à briser les barrières entre œuvre et spectateur, invitant ce dernier dans l’inimité corporelle de la sculpture.

Animé d’un désir de produire des sculptures anatomiquement parfaites de tous les angles, le sculpteur australien cherche à briser les barrières entre œuvre et spectateur, invitant ce dernier dans l’inimité corporelle de la sculpture.

Avec un pied dans le monde réel, et l’autre dans l’univers personnel de l’artiste, les sculptures de Mueck présentent, par leur exactitude biologique, figée dans le silicone et la peinture à l’huile, un certain intérêt pour la morbidité. Les proportions exagérées de certains corps obèses, infantiles et vieillissants créent une sensation de déstabilisation chez le spectateur, qui voit sa perception du monde altérée, d’une part par la taille étrange (trop grande ou trop petite) des sculptures, et d’autre part par leur réalisme déconcertant. Il ne reste plus à ces œuvres qu’à acquérir la parole et le mouvement pour être vraies.

L’intérêt pour l’hyperréalisme de Ron Mueck n’est pas que clinique : en ne laissant pratiquement aucune trace de son travail sur les sculptures, l’artiste offre au spectateur une chance inouïe de s’immerger dans l’univers des personnages, qui parlent seuls, très souvent de solitude, de vulnérabilité, d’aliénation. Des pièces comme In Bed (2005), où une femme trois fois plus grande que la normale est couchée dans son lit, pensive, la tête délicatement posé dans une main, ou Spooning Couple (2005), miniature d’un homme enlaçant une femme, tous deux à moitié nus, les yeux ouverts regardant au loin, poussent le spectateur à l’introspection. Les thèmes récurrents de la naissance, de la mort et du vieillissement sont un voyage qu’offre l’artiste à travers les diverses étapes-clé de la vie.

Avec ses sculptures de toutes tailles, Ron Mueck a réussi à créer du mystère en représentant pourtant ce que le public est le plus habitué à voir : l’humain, de la manière la plus détaillée et anatomiquement correcte, imaginable.

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