Les luttes de pouvoir selon Lester Rodriguez

Lester Rodriguez

Très engagé, le jeune artiste hondurien Lester Rodriguez provoquent des métaphores visuelles dans ses installations.

Dans un pays où il n'existe pas de marché de l'art contemporain, de galeries d’art et de magazines d’art nous introduisant dans la scène artistique du Honduras, le jeune artiste Lester Rodriguez a réussi à se démarquer. Par sa quête permanente de potentialiser par l'art des débats allant au-delà de la réalité locale pour être projetés à une dimension régionale et internationale, le langage utilisé par cet artiste ne peut nous laisser insensible.

Zygmund Bauman, sociologue anglo-polonais, réfléchit sur la « société liquide » qui est caractéristique de nos modes de vie contemporains en s’interrogeant sur nos peurs faisant naître des sentiments d’insécurité et d’incertitude marquant un paradoxe : les obsessions sécuritaires, suscitant des actions défensives et d’attaque. Concernant l’œuvre du jeune artiste hondurien Lester Rodriguez nous pouvons parler de « peur liquide » qu’il illustre par ses installations, ses sculptures ou ses transformations d’objets. Très engagé d'un point de vue social et politique, tout son travail est une dérision poétique questionnant la représentation du pouvoir sous des aspects multiples. Il redéfinit nos espaces, nos géographies, nos cartographies mentales prisent entre des luttes économiques, politiques, sociales et globales. Les œuvres de Lester provoquent des métaphores visuelles sur des thèmes complexes et sensibles.

Son oeuvre est spectaculaire, soit par les dimensions que celle-ci prend soit par ses composants. La perception de ses œuvres par le public se décline entre jeux et enjeux, étant entendu que Lester essaie de définir des relations interpersonnelles. C’est notamment le cas de « 2000 bateaux de guerre ». Cette œuvre composée de 2000 bateaux en papier en couleur militaire révèle le paradoxe d’une réalité complexe. En effet, le papier fait référence à la fragilité d’un système à la dérive face à la force dégagée par la couleur verte, symbole de l’armée donc de la force. L’œuvre parcours les murs de l’espace choisi entraînant le spectateur dans un tourbillon, impossible à échapper. Cela montrer les faiblesses de l'humain et plus précisément son manque de discernement, ou encore ses limites. La construction d’un paysage de combat redessine notre vision, une idée centrale dans ses projets comme le démontre « Enjambre » explorant la spatialité.

Très engagé d'un point de vue social et politique, tout son travail est une dérision poétique questionnant la représentation du pouvoir sous des aspects multiples.

L’artiste révèle une énergie invisible que la forme véhicule et libère comme dans son travail « Dispersion » (2010). Dans celle-ci Lester reproduit un jeu d’échecs non conventionnel composé de 800 pions blancs envahissant l’espace. Objet symbolique, miroir du monde, de vie et de mort, il reproduit la hiérarchie des pouvoirs, vue du ciel, dans un contexte local ou international par les médias offrant une subjectivité de la vérité. Lester narre une histoire universelle où la métaphore du jeu d’échecs multiplie des analogies diverses du monde politique, militaire et social. L’effet de masse de son œuvre provoque une représentation déshumanisante de l’homme orchestrée par des « forces » invisibles.

Les œuvres de Lester aborde les dynamiques d’une société obsédée par le contrôle, la surveillance, le pouvoir mais qui ne sait pas s’autoréguler. Il présente des projets manifestant une peur explicite et violente. Cette fragilité est illustrée dans « Perforation » (2006) ou « Véhicule urbain de combat » (2011). Dans ce dernier, il s’agit de véhicules quotidiens comme la bicyclette, le fauteuil roulant transformés en engins de guerre. En fin de compte comme le présente Michel Foucault dans Surveiller et Punir, nous sommes les gardiens et les prisonniers de nos propres mécanismes.

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