Les objets suspects de Luis Fernando Ponce

Luis Fernando Ponce

Luis Fernando Ponce est né en 1959. Il vit et travaille au Guatemala. Il a une formation en design - plus spécifiquement en photographie et en sculpture. Force est de constater que l’artiste et le dessinateur sont intimement mêlés.

Il interprète des situations risquées avec des objets ludiques du quotidien. Le travail de Luis Fernando Ponce exprime différentes situations ou relations vécues par l’homme avec l’objet. Il crée son propre langage dont la photographie est le medium. Il ne reste plus qu’au spectateur à lui donner vie et individualité.

Le Guatemala est un pays envahi par les objets et les idées extérieurs. Ces objets sont devenus une référence culturelle comme les poupées Barbie. S’inspirant des artistes du Pop–Art comme Jeff Koons, Luis Fernando Ponce détourne les objets pour créer des tableaux décalés.

Kung Fu Panda Kung Fu Panda

Pistolet, poupée, tasse, ballon, avion, sont certains des objets choisis par Luis Fernando Ponce. L’objet s’impose à lui. Ils sont autour de lui. Ses enfants sont ses plus grands fournisseurs. À travers des images parfois dures, il invite pour certaines de ses séries à l’imagination et à la fantaisie.

L’objet, en tant que marchandise, promu par la société de consommation est une illustration des rouages pervers de nos sociétés. Le travail de Luis Fernando Ponce a un caractère sociologique de l’espace contemporain guatémaltèque. Il établit une vigilance critique à l’égard de la société de consommation. Comme le dit lui-même Luis Fernando Ponce, « Je suis victime de ce que je dis. Je suis un grand consommateur. Ce que je produis dans l’art est ce que je suis ». Le message qu’il souhaite faire passer à travers ses séries est : « Essaie de vivre selon tes possibilités et non une vie qui n’est pas ta vie ».

Les photographies de Luis Fernando Ponce sont pour la plupart en noir et blanc. Par ses photographies, il interprète des phénomènes qui le préoccupent comme la violence. Premièrement par les couleurs neutres, le spectateur n’est pas déconcentré par le « bruit » possible des couleurs qui n’auraient pas d’intérêt.

Par ce travail photographique, Luis Fernando Ponce nous révèle plutôt l’esthétique du pistolet grâce au jeu d’ombres et de lumière. Deuxièmement, l’objet choisi peut être violent en soi comme la seringue et le pistolet, cela ne ferait que provoquer un rejet. Il tamise l’atmosphère les rendant presque irréels, leur quittant une certaine identité. Luis Fernando Ponce nous parle d’un Guatemala enfoncé dans une violence banale.

Dans différentes séries comme dans « Objets Extrêmes », il crée des histoires fictives à partir d’objets devenant des protagonistes. Il nous raconte ces histoires désagréables où chaqun possède une dualité. : Docteur Jekyll et Mister Hyde.

SOUP « Our daily bread »

Les photographies des « Pistolets » sont présentées comme des oeuvres d’art. Il enlève l’objet de son contexte et l’isole pour nous laisser le contempler. Il devient une nature morte. Mais parfois, derrière cette image une histoire nous est contée.

Pour Luis Fernando Ponce, il était naturel de passer de la 2D à la 3D. Il a customisé ces objets indifférents, jetables, légers par des objets faits de bronze, inanimés, éternels. De beaux oxymores visuels où la souffrance s'oppose à l'insouciance. L’objet est suspendu dans le temps. Une nouvelle réalité est créée rendant compte aussi de son absurdité.

Ses photographies et ses sculptures sont une tromperie visuelle. Ce sont des images naïves, innocentes, superficielles, mais avec une problématique politique, économique et culturelle.

Luis Fernando Ponce fait voler en éclat une vision classique de l’objet en lui donnant le maximum d’expériences comme dans la série “Notre pain quotidien”. Il y dépeint cette violence autour de nous. Il place le jouet d’une arme multicolore dans chaque instant de nos journées (repas, toilette, travail …).

« Coffee Cups »

Dans la série « Coffee Cups », un sticker collé sur des tasses à café représente des cibles (enfant, handicapé, femme…) comme celles que nous retrouvons dans les stands de tir. Par ce geste, Luis Fernando Ponce indique que la violence, la mort n’ont aucun critère de sélection, aucune condition n’est requise pour être sa victime. Une image d'une grande force.

Luis Fernando Ponce dénonce, conteste et provoque. Il nous connecte à une époque où la présence de l’objet est devenue obscène. Les objets sont des symboles silencieux d’une société violente, agressive, excessive.

Vous ne verrez plus jamais les objets de votre quotidien sous le même oeil !

Site officiel de Luis Fernando Ponce : luisfernandoponce.com

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