La sculpture minimaliste

L'art minimal s'inscrit dans une lignée opposée à l'expressionnisme abstrait et le pop-art des années 1960. Influencé par une abstraction plus radicale et sans emphase, Cet art minimal, s'est surtout développé par le biais de la sculpture/installation.

Une naissance entre opposition et continuité
Pour mieux comprendre la sculpture minimaliste, il faut tout d'abord la re-situer dans le contexte de son apparition. Alors que l'expressionnisme abstrait et le pop-art battent leur plein au début des années 1960, l'art minimal s'inscrit dans une lignée opposée, influencé par une abstraction plus radicale et sans emphase, à l'instar de Malevich et de son Carré blanc sur fond blanc (1918). En effet, on comprend facilement cette descendance où le moins apparaît comme le plus (le principe du « less is more » de l'architecte Mies Van der Rohe), débarrassant l'œuvre d'art de tout effet illusionniste.

Un art de la perception et de la précision
Cet art minimal par sa définition même - qui se base sur la perception des œuvres et du rapport à l'espace - s'est surtout développé par le biais de la sculpture, considérée en tant qu'installation. Les autres médias ne sont pas exclus mais, même lorsqu'ils semblent ne comporter que deux dimensions, sont considérés comme des « objets spécifiques » réagissant avec leur environnement, selon les termes de Donald Judd en 1965 (Specific Objects).

Ce dernier réalise à partir de cette date un type d'œuvre nommé Stack (pile) qui se situe entre la sculpture, l'installation et la peinture. Le résultat est minimal : des blocs, tous de la même taille et de la même couleur, sont fixés au mur. Mais c'est dans la précision que l'œuvre prend tout son sens : le nombre d'éléments varie en fonction de son lieu d'accrochage. L'ensemble flotte au-dessus du sol pour s'éloigner de la sculpture classique. Les intervalles entre chacune des parties pleines sont équivalents, aussi bien en termes d'importance physique que de mesure. Les effets d'éclairage et d'ombres portées participent à l'œuvre.

C'est dans cette sobriété, cette mesure, ce rapport à l'espace que l'on comprend que si la sculpture minimale peut sembler être un art « pauvre », c'est parce qu'elle demande un effort de perception globale de la part du spectateur, une prise en compte aigüe de ses qualités matérielles.

Des artistes qui utilisent l'espace

Ainsi, chacun des artistes de ce mouvement cherche à interroger cette matérialité de l'espace. Carl Andre, principalement par des éléments en matériaux bruts (10 Steel Row, 1967, 144 Magnesium Squares, 1969) posés au sol ou repartis horizontalement, divise l'espace par des principes de répétitions, d'alternance ou de symétrie. Dan Flavin utilise la lumière des tubes néon pour créer une œuvre impalpable mais qui habite l'espace par son intensité lumineuse dans un espace précis (Monuments for V. Tatlin series, 1964 – 1981).

Se rattachant au départ à l'art minimal, les exemples de Sol Lewitt, qui met en valeur par ses sculptures le rapport plein et vide (Construction cubique, 1971), et de Robert Morris qui avec ses œuvres en feutre interroge l' « antiforme » (Wall Hanging, 1969 - 1970), montrent également combien l'art minimal a entretenu des liens étroits avec l'art conceptuel ou le land art dans ces années 1960. Son influence, notamment par son économie de moyens et son rapport à l'espace, se retrouve jusque dans le design actuel avec des artistes tels que Shiro Kuramata (fauteuil Sedia Seduta) ou Ronan et Erwan Bouroullec (module Cloud).

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