Le théâtre contemporain technique de Robert Lepage

Robert Lepage

Robert Lepage n’a rien d’un homme de théâtre ordinaire. Renommé autant en France qu’au Québec, il a exploré — et dépassé — toutes les limites de la création scénique classique. Aussi subversif qu’innovateur, le metteur en scène, directeur artistique, réalisateur et acteur de renommée a plus d’une fois fait sa marque sur les planches, que ce soit devant ou derrière le rideau.

C’est à l’âge remarquable de 17 ans que Robert Lepage entre au Conservatoire d’art dramatique de Québec pour y faire l’apprentissage du théâtre. À peine six ans plus tard, il fait une première marque sur la scène québécoise avec sa pièce Circulations (1984) qui reçoit nombre de prix. Sa Trilogie des dragons (1985) le fait connaître mondialement, et il devient, en 1989, le directeur artistique du théâtre francophone au Centre National des Arts du Canada.

Son intérêt pour le théâtre ne se limite pas à Molière, Racine et Tremblay : dans le début des années 90, il monte Macbeth et A Midsummer Night’s Dream — cette dernière pièce fait de lui, en 1992, le tout premier francophone à monter une pièce de William Shakespeare à Londres. Un an après, il se tourne vers la musique et coordonne une tournée de Peter Gabriel. En 1994, son premier long métrage, Le Confessionnal, fait son chemin jusqu’à la Quinzaine des réalisateurs, au festival de Cannes. Partout où il passe, Robert Lepage brille.

Il a souvent avoué monter ses pièces de théâtre comme on dirige un film : scènes courtes, fondus au noir et modifications à l’ordre narratif de la pièce sont de réelles innovations au théâtre qui proviennent directement du 9e art. Lepage a également beaucoup travaillé sur le regard du spectateur, et la manière dont celui-ci se promène : créant des effets et de jeux avec cela, il modifie complètement la dynamique de l’espace scénique, obligeant le spectateur à déplacer son regard comme le ferait une caméra, plutôt que de voir la scène dans un ensemble. Outre l’usage de techniques cinématographiques, Robert Lepage ne manque jamais d’inclure à ses pièces des modules technologiques : écrans, projections, dispositifs sonores... Le cinéma est également un thème qui revient dans ses pièces, tout comme le développement psychologique du personnage, un autre élément non-négligeable de la logique dramaturgique.

En 1994, son premier long métrage, Le Confessionnal, fait son chemin jusqu’à la Quinzaine des réalisateurs, au festival de Cannes. Partout où il passe, Robert Lepage brille. Dans le théâtre de Lepage, la scène devient un personnage à part entière, qui a sa chorégraphie et sa voix propre.

En 1994, Robert Lepage fonde Ex Machina, une compagnie de théâtre à qui il donne la mission de créer des œuvres qui transcendent les arts et les lient les uns aux autres. C’est d’ailleurs ce qu’il fait dans Pique et Cœur (2013), les deux premiers spectacles d’une tétralogie autour des nombres, de la guerre, de la chance, de l’absurdité de la consommation, de l’invention et de la part des autres dans la magie, ainsi que de la société en général. Dans Pique, les acteurs évoluent sur une scène ronde d’un mètre de hauteur pendant plus de deux heures et demie, passant d’un bar à Las Vegas à un campement militaire en Irak. L’équipe de techniciens, cachée sous scène, s’assure de la bonne évolution des décors, selon un dispositif scénique complexe et réglé à la minute. Dans le théâtre de Lepage, la scène devient un personnage à part entière, qui a sa chorégraphie et sa voix propre.

Une autre des réalisations notables de Robert Lepage est le Moulin à images de Québec, inauguré à l’occasion du 400e anniversaire de la ville, en 2008 : sur d’énormes silos, Lepage et l’équipe d’Ex Machina projettent des images sur l’histoire québécoise — l’été de son inauguration, un chroniqueur local dira du Moulin à images qu’il n’a rencontré aucune personne dans la ville de Québec qui ne l’avait pas vu !

En bref, le théâtre de Robert Lepage est l’un des plus construits, que ce soit au niveau du message que de la mise en scène. Comme au cinéma, Lepage s’assure que l’œil du spectateur ne s’ennuie jamais dans ses productions. Avec une technique impressionnante et un discours sur la condition humaine poignant, qui traverse toute son œuvre, peu importe le médium, Robert Lepage transforme, depuis 1984, chaque chose qu’il touche en œuvre d’art.

  • Partager cet article :
Contemporain sur Facebook