La diversité guatémaltèque selon José Manuel Mayorga

José Manuel Mayorga

José Manuel Mayorga, né en 1961 au Guatemala, est un photographe exerçant et exposant depuis plus d’une décennie. C’est en 2000 que cet avocat de profession changa de vie.

Les mondes de l’image et de l’imaginaire sont entrés très tôt dans sa vie, par de longues séances au cinéma. Son goût pour l’art, mais surtout pour la photographie prit de l’importance. Dans les années 1970, l’un de ses cousins, une référence et un exemple lui offre son premier appareil photo. La fascination pour cet objet prend de la valeur dans un Guatemala où l’heure n’est pas à la photographie et où seuls quelques noms circulent comme Luis Gonzalez Palma.

Au début des années 2000, il rencontre l’un des photographes des plus importants au Guatemala : Daniel Chauche. Ce dernier possède un studio de photographe à Antigua. José Manuel y découvre la photographie argentique en noir et blanc et la magie de la révélation. L’influence du cinéma, ses diverses lectures, participation à des ateliers photographiques et ses promenades dans les couloirs des expositions et des musées du monde entier lui offrent une éducation. Son style photographique se définit. Il se tourne vers la Street Photography, vieille tradition où il capture, tel un voleur de vies, les thèmes qui seront siens.

Dans la lignée de Bruce Davidson ou de Henri Cartier-Bresson , il traite de la société guatémaltèque et de sa diversité culturelle, sociale et sexuelle. Il est un photographe humaniste. C’est un amoureux des gens et ses photographies transmettent cette empathie d’un instant.

Retrato con perro y mantón Retrato con perro y mantón (2005)

C’est le cas de la série « Revisitaciones » 1992-2006, un véritable voyage sociologique. Gagnant du troisième prix lors du concours Juannio en 2007, cette série de 75 cartes de visite nous rappelle les débuts de l’histoire de la photographie. Les cartes de visite étaient devenues le symbole de l’ère moderne où chacun collectionnait des albums retraçant des histoires personnelles ou collectives. Elles définissaient, illustraient et célébraient la société révélée ou dissimulée.

Toujours avec délicatesse parfois avec humour, José Manuel aborde des anecdotes compliquées. En 2010 pour Foto30, avec la série « Familia », une proposition artistique conceptuelle, il livre à l’aide de 9 optotypes les sous-entendus des relations familiales. Ce travail dessine symboliquement le poids de la famille sur l’identité d’un individu, de le transformer jusqu’à le faire disparaître. Il expose les états conscients et inconscients des effets psychologiques qui peuvent être générés. Ce travail se positionne au carrefour d’une interrogation sociale et une expérience individuelle.

Durant ces années, il a collaboré avec d’autres photographes pour rassembler différents regards sur un même lieu dont « Mundo Capitol » est l’exemple. Il s’est également associé avec divers centres culturels comme l’Alliance Française favorisant le dialogue inter culturel.

Dans cette mise en relation avec le peintre Paul Cézanne et son tableau « Les Baigneurs » il illustre un autre débat de la société centraméricaine et particulièrement guatémaltèque : l’homosexualité. Les ombres et les lignes des corps donnent une puissance homoérotique à cette photographie de 2008. Ces corps qui posent en osmose avec le paysage affichent–ils un amour ? José Manuel apporte un témoignage critique.

Travaillant majoritairement en petits formats, il crée une relation intime entre le sujet photographié et le spectateur. Il l’oblige à REGARDER.

C’est le cas de ce triptyque « Todo lo que permita el cielo » de 2005, la question de la femme, thème récurrent dans son travail, lui permet de la montrer « avec toutes ses complexités ». Malgré la poésie qui s’y dégage, José Manuel nous plonge dans le quotidien de nombreuses femmes guatémaltèques et d’un tabou connu : les violences conjugales.

Il fait exister ces hommes, ces femmes et ces enfants comme êtres de droit parce que de chair. Bref, malgré les apparences, ce monde est aussi varié et ambigu. La différence est célébrée

José Manuel Mayorga ne porte pas de jugement. Il s’immisce seulement dans les désirs que chaque humain ressent.

Tout au long de son oeuvre photographique, il zoome peu à peu jusqu’à l’intérieur de l’Homme, mais dans le Social.

Dans ces deux dernières séries, José Manuel aborde le fait d’être une femme dans la société. Il a enquêté sur ce qui était dénommé comme le « mal nécessaire ». En 2013, il présente l’exposition « Encarnación ». Il se réfère à la prostitution au Guatemala régulée de 1888 à 2012. À partir des Archives Historiques de la Police Nationale, il nous installe dans le monde des Filles. Ces portraits au regard provocant que passionnant entrechoquent la question du sexe. José Manuel Mayorga ne porte pas de jugement. Il s’immisce seulement dans les désirs que chaque humain ressent.

Bery Bery (1966, AHPN)

Ce travail fait écho à sa dernière série (2014) intitulée « Blue Moon » en référence à la chanson de Billie Holiday des années 1950. Cette série parle de l’amour qui peut causer la mort. À travers des photographies digitales imprimées sur toile et en couleurs, loin de ses habitudes, José Manuel représente la génération du VIH et autres maladies, sans vulgarité, sans facilité. Chaque image est une preuve agrandie de l’organisme malade d’une femme, « la population la plus vulnérable en Guatemala pour de multiples raisons ».

José Manuel Mayorga ne veut pas convaincre, mais son travail est exigeant, engagé. L’idée est de mettre en avant le côté humain de la diversité guatémaltèque. Il rend visible ce qui passe inaperçu au quotidien.

En fin de compte, ce n'est pas juste une question d'accepter, qui on est dans la diversité, mais d’accepter LA diversité.

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